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jeudi, 15 mai 2008

la Prudence

La Prudence

(samedi – début d’après-midi)

 

La vertu et la morale ont, depuis quelques décennies, mauvaise presse. Alors que la vertu est tout sauf « sopo ». Vertu vient du latin virtus qui signifie : force. Parler vertu, c’est évoquer la source du dynamisme spirituel de l’homme et donc le ressort même de sa vie intérieure. Parmi les vertus cardinales, la Prudence est souvent regardée d’un œil méfiant, voire méprisant : elle paraît être une sorte de « sous-vertu » pour les faibles et les pusillanimes. L’homme prudent n’est-il pas l’ennuyeux de service, le timoré de base ou même le pénible indécis ?

  

Or, la prudence n’est rien de tout cela ; elle est « vertu des chefs », des décideurs, de ceux qui conquièrent. Aristote la définit comme « la vertu de la raison dirigeant droitement l’action ». Elle peut se définir aussi comme l’adaptation des moyens au but. En peu de mots : elle permet de régir nos choix de vie et nos actions en fonction de principes universels objectifs.

Prenons l’exemple du général Maximus, lors de la bataille initiale dans le Film Gladiator. Quelle est sa finalité : réduire en miettes les barbares. Il prend pour cela les moyens adaptés : choisir un bon terrain pour la bataille, disposer son infanterie, ses catapultes, ses scorpions. Il laisse la possibilité aux adversaires de se rendre, puis passe en revue tout son dispositif d’attaque et enfin commande personnellement le fer de lance de la réussite : sa cavalerie qui prendra l’ennemi à revers. Agissant ainsi, il se conduit en homme prudent.

Parfois, les choix semblent évidents, en d’autres occasions ils sont difficiles. C’est donc le rôle de cette vertu d’aider l’homme à ajuster les moyens au but qu’il s’est fixé : elle est donc par excellence la vertu de celui qui gouverne sa vie, elle est aussi la vertu des princes et des chefs.

 

Le Prudent, dans la recherche des moyens, va s’entourer des conseils de personnes possédant une certaine science de la question ou une bonne expérience. L’expression « je n’ai de leçons à recevoir de personne » outre la sottise et la vanité, révèle une fameuse imprudence !

 

Lors de la mutinerie de la prison de Saint Maur, les prisonniers mirent à feu et à sang les bâtiments et séquestrèrent le directeur et une partie du personnel. On craignait le pire pour ces derniers. La prison fut bientôt cernée par plusieurs escadrons de gendarmes mobiles renforcés d’un détachement du GIGN. Le préfet décida de faire donner l’assaut. Le colonel de gendarmerie et le capitaine du GIGN eurent toutes les peines du monde à infléchir la décision du préfet. Pourquoi y avait-t-il imprudence de sa part ? Tout d’abord, il n’avait pas pris le temps de mesurer la situation, de plus il n’avait pas demandé conseil aux hommes d’expérience. En effet, le colonel et le capitaine du GIGN avaient compris qu’un assaut serait catastrophique, les mutins ayant fabriqué des armes dans les ateliers et même des lance-flammes ! Un combat aurait entraîné des morts des deux cotés ainsi que la liquidation des otages. Finalement, le chef du GIGN obtint du préfet un délai pour tenter une autre solution. Elle était risquée, mais s’il réussissait bien des vies seraient sauvées. Le capitaine s’avança, désarmé, dans le seul chemin donnant accès à l’intérieur de la prison, un long couloir envahi par la fumée. Arrivé à quelques mètres de la barricade des mutins, il sentit une tension extrême dans leur camp, il les interpella et demanda de parler à leur chef. Quelques minutes plus tard, les deux hommes sont face-à-face, le dialogue est établi et, le lendemain, la prison évacuée. Il a fallu un homme prudent au bon endroit et au bon moment pour éviter une tragédie.

 

Le parfait imprudent est atteint du syndrome « Stalone » ou « Schwarzi » : je cogne d’abord, je discute ensuite. Traduisez : je fonce sans réfléchir !

Lorsque je dois prendre une décision importante dans ma vie, comme le choix d’une école après mon bac, le choix d’un métier, ou celui d’une vocation. Il me faut, certes, prendre conseil, mais il est aussi nécessaire de « poser les baskets » et de me donner du temps pour réfléchir. Il faut se poser les questions fondamentales : qu’est-ce que je veux ? Où je veux aller ? Qu’est-ce qui est important pour moi ? ma vie de famille ? mes amis ? mon amour de la France ? ma réussite personnelle ? Le service de Dieu ? Se poser avant d’agir permet de considérer les bons moyens  et l’ordre à tenir dans l’exécution de ma décision. Comment est-ce que je prépare mes révisions pour le bac ? Ai-je établi un programme de travail, ou est-ce que je fonce tête baissée ?

La prudence sait aussi hiérarchiser les priorités : Un père de famille peut-il rentrer tous les soirs à 22 heures parce qu’il a beaucoup de « boulot » et s’épanouit dans son travail ?

 

Enfin, il faut souligner que l’acte prudentiel ne se trouve pas principalement dans la délibération sur le but et les moyens, mais dans le commandement personnel présidant l’action. Le Prudent délibère longuement, mais la décision prise, il agit vite et bien.

Le fin-du-fin de la prudence est la souplesse dans l’action, c’est-à-dire la capacité de modifier les moyens, en cours d’action, en fonction de nouvelles circonstances. Un bel exemple nous est donné dans le film « à la poursuite d’Octobre rouge » : la finalité du commandant russe est le passage à l’Ouest, mais il fait évoluer les moyens en fonction des circonstances qui se présentent : attaque par un autre sous-marin russe, interception par le sous-marin américain Dallas, sabotage, etc…

 

Pour conclure : lorsque j’agis, je réfléchis, je prends conseil, je tiens ma résolution dans l’action, tout en gardant une certaine souplesse en fonction des évènements qui surviennent.

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